Quand le deuil est volé par les réseaux sociaux
En hommage à Stan, mon frère d’âme

En hommage à Stan, mon frère d’âme

Stan, finalement tu es parti.
Et ce silence qui suit n’est pas un silence ordinaire. C’est un silence plein de ton rire, de nos conversations sans fin, de nos projets inachevés. Un silence qui résonne plus fort que tous les mots.

La vie, bien sûr, n’a pas toujours été un terrain ensoleillé. Il y a eu les tempêtes. Et je me souviens de la plus violente, cet après-midi de juillet 2010, cloué sur mon lit de douleur dans la maison familiale, suite à cet accident qui m’avait laissé entre la vie et la mort. J’étais vide, incapable même de trouver des larmes.

Puis tu es arrivé. Avec Carolle. Tu me connaissais à peine, et pourtant tu t’es assis à côté de moi. Pas de grands discours, pas de solutions toutes faites – juste ta passion du football, offerte comme une bouée de sauvetage. Tu m’as parlé de ce jeu qui nous unit, et dans tes yeux, j’ai vu une lueur familière. À cet instant précis, j’ai su que je te connaissais depuis toujours. Depuis ce jour, plus rien n’a pu nous séparer jusqu’à ce foutu 19 décembre 2025, exactement quinze ans après.

Tu as été mon ancre. Le témoin silencieux et bienveillant de mes faiblesses, comme je l’étais des tiennes. Dans cette vulnérabilité partagée, nous avons forgé une fraternité plus forte que le sang, plus durable que les distances – Nairobi, Dar es Salam, ces villes où nos messages voyageaient, ces lieux dont on parlait avec tant de rêves.

Parfois, le réflexe est encore là : je saisis mon téléphone pour te raconter un détail insignifiant, une anecdote de la vie ici, là-bas. Pour te parler en anglais, cette langue que nous avais adoptée comme un nouveau terrain de jeu entre nous. Puis le vide me frappe de plein fouet, cette réalité glaciale : tu ne répondras plus.

Ta dernière photo, celle avec ma fille, m’a brisé le cœur. On y voyait ta fatigue, mais aussi cette douceur qui ne t’a jamais quitté. Je t’avais supplié : « Bat-toi, reste debout. » Tu m’avais répondu : « Je le ferai pour nous. » Tu t’es battu, Stan. J’ai vu ton corps, autrefois si vif, ployer sous le poids. J’ai vu la fatigue creuser son sillon, mais jamais je n’ai vu ta lumière s’éteindre.

Et nos rêves… Ah, nos rêves ! Dar es Salam et ses plages que je devais te faire découvrir, le Kilimandjaro que nous devions gravir, le parc Serengeti où nous voulions sentir la poussière de la savane. Nairobi et son climat que tu connaissais, mais dont je voulais te montrer les recoins secrets. Ces promesses suspendues, ces cartes dépliées en riant.

Finalement, c’est le silence. Tu es parti.

Mais étrangement, tu n’es pas totalement absent.
Une partie de mon âme est partie avec toi, mais une partie de la tienne vit désormais en moi. Elle me parle quand je regarde un match du FC Barcelone, de l’équipe du Nigéria ou de l’Espagne – je crierai désormais chaque but pour nous deux. Elle chuchote quand passe une musique de Fally Ipupa, que tu aimais tant ; dans chaque rythme, je cherche et je trouve l’écho de ton âme.

Alors, je te fais cette promesse, devant ces mots et devant le ciel qui te porte désormais :
Je visiterai ces plages de Dar es Salam, je regarderai le soleil se lever sur le Serengeti, et à chacun de ces moments, ce sera toi que je célébrerai.
Je vivrai pleinement, passionnément – par procuration pour toi aussi.

Tu n’es plus mon compagnon de route, Stan.
Tu es devenu l’étoile qui guide mes pas, la mélodie qui berce mes souvenirs, le but que je célèbre dans le silence de mon cœur.

Repose en paix, mon ami, mon frère, mon autre moi-même.
Notre match continue. Et à chaque coup de sifflet, je sais que tu es là, quelque part, à sourire.

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