Une aventure saisonnière dépendant de l’eau et de la culture du riz, c’est la migration des jeunes de Gao vers Algérie. Étant d’une région située sur le long du fleuve Niger, les jeunes de Gao mènent comme activité agricole, la culture du riz. Une culture traditionnelle qui dépend de la crue du fleuve et des eaux de pluie. Puisque la crue du fleuve et la pluie dans cette région, arrivent périodiquement, les jeunes établissent un emploi du temps annuel saisonnier : une partie pour la culture du riz à l’occasion de l’hivernage et de la crue du fleuve et l’autre partie pour migrer en Algérie.
Dans un premier lieu, les jeunes de Gao qui ont abandonné l’école et ceux qui n’ont pas réussi à l’école tournent vers l’activité agricole. Ils cultivent du riz. Dès le mois de juillet, ils entretiennent leurs champs en attendant la première pluie qui tombe généralement en juillet. Une fois, la première pluie tombée, ils sèment le riz en espérant qu’une deuxième, troisième et quatrième pluie suivra pour aider à pousser le riz semé. Oui, l’hivernage à Gao ne dure que trois mois, juillet, Août et septembre pour une somme de trois à quatre grandes pluies. Mais, ces pluies suffisent pour pousser le riz et donner le tour au fleuve pour le mûrir. Parce que la fin de l’hivernage précède la crue du fleuve ; le fleuve monte de septembre à décembre et commence à diminuer à partir de janvier. Donc, c’est l’eau du fleuve qui va mûrir le riz d’octobre à novembre. Et c’est en ces mois aussi, qu’ils récoltent le riz. Une fois le riz récolté, ils le stockent dans les magasins, une partie va servir à la nourriture de la famille, une partie est réservée comme semence pour la prochaine culture, une partie est vendue pour les besoins financiers et le prix de transport pour Algérie.
En deuxième lieu, la récolte du riz fait place au départ pour l’Algérie. La deuxième moitié de l’année est vécue dans les plantations algériennes. Les jeunes qui n’auront plus rien à faire après la récolte du riz arrivent clandestinement en Algérie. Ils se font employer dans divers secteurs mais pour la plupart, ils sont employés dans les plantations algériennes où en plus de leurs salaires, ils bénéficient d’un logement luxueux à leurs yeux, d’une prise en charge gratuite. C’est donc là, qu’ils travaillent de janvier à juin. Ils économisent une partie de leurs salaires ; ils envoient une partie pour soutenir la famille laissée derrière eux à Gao. Ils ne reviennent qu’en juin pour reprendre les activités agricoles en juillet. D’après un migrant interviewé : « Nous cultivons, nous récoltons et nous partons en Algérie pour travailler jusqu’à la saison prochaine. »
En résumé, les jeunes de la communauté Songhoy traditionnellement agricole, vivent encore au dépend de leur ancien système agricole basé sur les eaux de pluie et du fleuve Niger, et aussi de leur aventure saisonnière en Algérie. Ils ont un emploi de temps annuel stratégique qui repose sur la culture du riz et l’emploi dans les plantations algériennes. Ceci est une stratégie de survie adoptée afin de vaincre la faim et de subvenir aux besoins quotidiens de leurs familles. D’autant plus que Gao, et tout le Mali traverse une crise alimentaire engendrée par la crise multidimensionnelle de 2012. Et si les États Algérien et Malien entretiennent des relations bilatérales sur la question des frontières ?
Le logement des migrants clandestins employés de jardin et de champs


Donc, un droit ou une motivation ? C’est la question que l’on se pose. Les Africains subsahariens qui migrent en Algérie pour le besoin d’emploi sont en grande partie employés dans les jardins et les champs dans le sud de l’Algérie. Puisque les activités agricoles sont menées hors de la ville, les propriétaires des champs employeurs des migrants clandestins, construisent de logement dan ces champs. C’est là, qu’ils logent les employés et les maintiennent pour les activités agricoles à savoir l’entretien des plantes, l’arrosage des plantes, la cueillette des fruits, l’entretien des vaches laitières etc. En effet, un bâtiment d’une dimension moyenne contenant des chambres climatisées, une cuisine, une toilette moderne, est mis à la disposition des employés migrants. Ces derniers se réjouissent de cette condition de logement parce qu’ils n’ont pas connu mieux d’où ils viennent ; parce que la plupart des migrants maliens qui prennent le chemin de l’Algérie viennent des campagnes où ils logent dans des maisons faites en banco. HG migrant malien interviewé via WhatsApp par l’équipe de Water Mobility avoue : « En Algérie, nous sommes bien logés et nourris. Nous sommes dans des chambres climatisées et nous mangeons des poulets rôtis. Nous n’avons pas ça au Mali. Et quand nous retournons au Mali on voit qu’il y a une différence entre nous et les parents qu’on vient retrouver, ça se voit sur notre corps. »
Par conséquent, c’est un excellent moyen pour attirer les migrants clandestins subsahariens à opter pour les travaux champêtres compte tenu du grand besoin d’emploi dans le secteur agricole en Algérie. Cela fait que, des employés restent des années sans revenir. Parce que c’est déjà un luxe qu’ils vivent contrairement à ce qu’ils vivaient au Mali. OS ajoute : « J’ai fait quatre ans sans retourner, j’ai travaillé tout mon temps chez un même employeur et quand je voulais partir il m’a demandé de me faire remplacer par un frère ou quelqu’un que je connais bien. »
En somme, ce logement, un droit ou une motivation, est aussi une nécessité pour les employés migrants clandestins qui ne peuvent pas circuler librement et qui trouvent difficilement un logement en ville parce qu’ils sont régulièrement chassés par la gendarmerie Algérienne. Donc, restés camouflés dans les jardins est une stratégie pour les ces derniers de travailler longtemps en Algérie.
Water Mobility est un projet mené par Voice4Thought (Mali), le Bureau d’étude ECA (Algérie) et l’IHE Delft (Pays-Bas) sur la mobilité des populations due aux problèmes liés à l’eau causés par le changement climatique. Le projet est dirigé par une équipe composée de chercheurs algériens et maliens.
