Au petit matin du mercredi 12 juin 2024, vers 4 heures, les habitants du village de Toumbao, dans le canton de Bidanga (département des Monts de Lam), ont été réveillés en sursaut par une attaque armée menée par des individus non identifiés. À ce jour, aucun des présumés assaillants n’a été identifié ni appréhendé.
Le département des Monts de Lam, composé de cinq sous-préfectures, est régulièrement confronté à des problèmes d’insécurité, notamment des enlèvements contre rançon, des destructions environnementales et des conflits intercommunautaires.
Les médias locaux, qui jouent un rôle crucial de « thermomètre social » pour restaurer la cohésion et le vivre-ensemble, semblent parfois avoir négligé cette responsabilité. L’exemple le plus frappant est celui du 12 juin 2024. Ce jour-là, un groupe d’hommes armés a fait irruption dans le village de Toumbao. Selon les témoignages des rescapés, ces assaillants, dont l’identité reste inconnue, ont ciblé de manière étrange des villageois ayant perçu des sommes importantes dans le cadre de la vente de coton. Cette attaque a eu lieu au lendemain du paiement des cotonculteurs du village. Le bilan est lourd : des morts, des blessés, d’importantes sommes d’argent volées, plus de 500 têtes de bétail emportées et des maisons réduites en cendres. Les agresseurs se sont enfuis avec leur butin sans laisser de trace.
Informé de la situation, le délégué général du gouvernement auprès de la province du Logone Oriental, accompagné de forces de l’ordre, d’agents de sécurité et de représentants des médias, s’est immédiatement rendu sur place pour une mission de 48 heures. Sur place, le gouverneur a écouté, tour à tour, les différentes couches sociales de la localité.
Pour le chef de canton de Bidanga, il ne fait aucun doute que certains villageois ont été complices de cette attaque ciblée. Pour étayer cette affirmation, il s’interroge sur le fait que les agresseurs aient pris pour cible précisément les villageois ayant perçu d’importantes sommes d’argent issues de la vente du coton. « Ils sont entrés directement dans leurs maisons et ont emporté des sommes allant de 400 000 à 500 000 francs CFA », explique-t-il.
Concernant l’hypothèse d’un conflit entre éleveurs et agriculteurs, le préfet du département des Monts de Lam la rejette catégoriquement. Selon lui, le problème est survenu à un moment où les semis n’avaient pas encore commencé et où la plupart des éleveurs se trouvaient en République centrafricaine (RCA).
Après avoir écouté attentivement les différentes interventions, le délégué général du gouvernement auprès de la province du Logone Oriental a, d’un ton direct, situé la responsabilité partagée des autorités et de la population dans cette affaire. Il a ensuite prodigué des conseils allant dans le sens de la cohabitation pacifique et du pardon. Avant de quitter la zone, le délégué général s’est rendu au domicile des familles endeuillées pour leur présenter ses condoléances. Il a également promis de tout mettre en œuvre pour traduire les coupables devant les juridictions compétentes. Ces déclarations nous ont été rapportées par le délégué général lui-même.
Certains médias, qui faisaient partie de la délégation du gouverneur, ont recueilli auprès des populations victimes le récit détaillé de cet événement. L’attaque ayant eu lieu à une heure tardive, alors que les villageois dormaient encore, les témoignages sont marqués par l’effroi. « Ils disent que ce sont toujours les Peuls », ont rapporté certains habitants, reflétant une méfiance ancrée dans la communauté.
Sans avoir procédé à une analyse méthodique et approfondie de ces propos, ni vérifié leurs sources, ces médias ont relayé les informations telles qu’elles leur ont été présentées par les victimes. La nouvelle s’est ensuite propagée à une vitesse fulgurante, comme une traînée de poudre, sur les réseaux sociaux.
Une semaine après ce tragique événement, la vérité a fini par éclater. Une jeune fille, ayant perdu ses parents lors de cette attaque et qui s’était enfuie vers la sous-préfecture de Larmanaye pour sauver sa vie, a reconnu les bœufs de son village parmi ceux qui avaient été emportés lors de l’attaque de Toumbao. Alertées par ses révélations, les forces de sécurité ont pu maîtriser les ravisseurs, nous informe un professionnel des médias publics de Doba. Il a également souligné que ce qui s’est passé à Toumbao n’a pas pour origine un conflit intercommunautaire. « Les Peuls, bien qu’ils soient souvent associés à ce genre d’attaques, sont cette fois-ci présumés innocents, car les véritables auteurs de ce massacre sont des enfants du terroir », a-t-il affirmé.
C’est après l’arrestation de ces individus armés que la population locale, ainsi que certains médias qui avaient initialement relayé l’information en accusant les éleveurs, ont finalement reconnu l’innocence des Peuls vivant aux alentours du village. Le délégué général du gouvernement auprès de la province du Logone Oriental est reparti une fois les présumés auteurs de ce crime odieux arrêtés, afin de procéder à la restitution des bœufs aux villageois de Toumbao.

Profondément touché par cette énième attaque, le gouverneur a exprimé une colère froide, frappant du poing sur la table et reprochant aux autorités locales de ne pas prendre ces situations au sérieux. Cette affaire a conduit à la destitution du préfet des Monts de Lam pour « incapacité notoire » dans la gestion des conflits récurrents dans la zone, nous rapporte un journaliste faisant partie de la délégation du gouverneur.
Cette situation, qui a suscité un buzz sur les réseaux sociaux, a été perçue par les communautés locales comme une preuve de l’esprit haineux que la communauté nomade nourrirait à leur égard. Pourtant, l’attaque n’avait aucun lien avec la destruction de champs ou une quelconque dispute entre éleveurs et agriculteurs.
Certaines associations de la société civile, ne disposant pas de toutes les données, ont également publié sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux que cette attaque avait fait huit morts, dont un enfant de six mois, et qu’environ 46 habitations avaient été incendiées. Ces informations, bien que largement diffusées, ne reflètent pas la réalité sur le terrain. En l’absence de sources crédibles, elles circulent pourtant partout, alimentant les plateformes et les débats.
Les conflits qui agitent les Monts de Lam ne sont pas nécessairement des conflits entre agriculteurs et éleveurs. Cependant, ces tensions continuent de plonger les deux communautés dans le deuil et la désolation.
Le département des Monts de Lam, de par sa position géographique se situe entre deux pays voisins (le Cameroun et la République centrafricaine), est une zone enclavée où l’accès aux réseaux de communication reste un défi majeur. « Pour obtenir rapidement des informations dans certains villages de ce département, c’est souvent difficile », confie un rédacteur en chef d’une radio privée de Doba.
Face à la recrudescence des tensions, souvent vives, qui secouent cette localité, on peut lire sur le visage de la population un mélange d’incertitude et de peur persistante. Cette situation entrave la capacité des deux communautés à vaquer normalement à leurs occupations quotidiennes.
Les médias, qui ont un rôle crucial à jouer pour restaurer le vivre-ensemble, doivent s’investir davantage afin de partager des informations vérifiées et précises. Cela contribuerait à réduire ces tensions récurrentes et à favoriser un climat de paix et de compréhension mutuelle.